Des célébrations laïques plébiscitées

C’est une des évolutions les plus marquées des us funéraires en Suisse. En constante augmentation, les cérémonies non-religieuses représenteraient déjà plus de 20% des cas dans le pays. Parfois assumées par la famille même, elles font de plus en plus l’objet de recours à des célébrants laïcs professionnels, à l’image de Sandra Widmer Joly, basée à Genève, qui exerce depuis 6 ans : « La tendance est marquée. Cela s’explique certainement par le fait que 40% de la population aujourd’hui déclare ne pas être attachée à une Église. Je forme des célébrant.e.s et la demande est incroyable, c’est un métier qui appelle ».

La célébrante peut être contactée par les pompes funèbres ou directement par les familles dans certains cas. Elle se rend alors dans la famille, parfois l’habitation du défunt pour un entretien de deux à trois heures. Elle cherche à comprendre en premier lieu la motivation pour une cérémonie laïque avant d’inviter les gens à parler de leur proche pour comprendre «comment lui dire au revoir ». Moins standardisée qu’une cérémonie religieuse, la cérémonie laïque nécessite une détermination sur mesure du rituel en fonction du vécu de la personne : «On ne se limite pas à des bougies et des fleurs. Qu’est-ce qu’il laisse d’important ? Comment est-on imprégné de sa vie ? C’est important d’être chez le défunt pour voir si on a à faire à un lecteur, un mélomane. Une fois, on échange pendant un long moment, puis vers la fin de l’entretien je demande ce qu’est cette sorte de torche dans la cuisine. « Ah, j’ai oublié de vous dire. Il a porté la flamme olympique. C’est une copie qu’il a toujours gardée ». Durant la cérémonie, on se l’est passée dans la salle, on a mis les mots dessus. La portée symbolique était très forte ».

Face à la hausse de la demande, trouver un lieu n’est pas toujours chose aisée. Les églises ouvrent encore rarement leurs portes, et les cérémonies se tiennent souvent dans des chapelles désacralisées ou des centres funéraires. Sandra Widmer Joly relève que « d’autres possibilités restent ouvertes, comme des salles communales ou chez des particuliers. Les familles doivent au préalable demander les autorisations pour la présence du corps. La difficulté à trouver des lieux et parfois encore plus importante dans les petits cantons ».

Toutefois Valérie Wintheler, célébrante laïque à La Chaux-de-Fonds (Ne) estime « qu’on arrive toujours à trouver une solution » et met en avant les possibilités chez les particuliers, notamment l’été. « L’urne est plus discrète et ne nécessite pas l’intervention des pompes funèbres. Il y a aussi des possibilités à évaluer au cas par cas. Une fois j’ai officié dans un théâtre, dont avait fait partie le défunt et qui nous a donné l’autorisation ».

Flutiste avant d’être célébrante, Valérie Wintheler joue parfois elle-même lors des cérémonies. « Ça n’a rien d’obligatoire, il faut que ça parle à la famille et que ça ait du sens. Les gens doivent ressentir le rite, un adieu qui a du poids et une forme de transcendance. La religion et sa promesse de résurrection réconforte, quand on n’a pas ça, c’est important de donner de la consolation. La transcendance peut se trouver dans la nature, la poésie ou encore la musique. On est dans l’humain. Il faut aussi que tout le monde s’y retrouve, même les proches qui sont religieux ».

Pour Sandra Widmer Joly, la désaffection du fait religieux ne signifie pas le recul de la spiritualité, qui reste au cœur de sa démarche : « On est dans une mutation. Beaucoup de gens aspirent à sortir des dogmes, mais les gens restent attachés à une forme de spiritualité. Un homme m’a par exemple évoqué croire aux roses qui reviennent chaque année et lui évoquent une proche décédée. Aujourd’hui, on chemine souvent avec plusieurs croyances ».

Publié le
10 février 2020
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