Repenser les cimetières

C’est l’une des conséquences du changement profond de coutumes funéraires, avec en particulier le recours massif à la crémation qui concerne désormais près de 90% des cas de décès en Suisse: certains cimetières sont en voie de désertification et doivent désormais réorganiser leur espace et leurs pratiques. La presse régionale et nationale s’est fait récemment écho du phénomène. Du côté du service des biens culturels fribourgeois, on s’émeut en octobre 2019 dans La Liberté de l’étendue des zones de gravier sans tombes et d’une tendance à devenir « des zones minéralisées et anonymes au cœur de nos villages ». Concrètement, ce sont désormais 4’000 tombes qui peuplent le cimetière de Saint-Léonard contre plus de 6’000 vingt ans auparavant, et ce malgré une tendance à l’inhumation deux fois supérieure à la moyenne nationale (20%), résultante notamment de l’attachement historique du canton à la foi catholique.

Le cimetière a entrepris depuis plusieurs années un travail de réorganisation des surfaces, avec un espacement des lignes et une forme de végétalisation des espaces. On envisage une partie réaménagée en parc dans les décennies à venir. A Bulle, la plantation de gazon et de chênes est déjà lancée, augurant d’une tendance générale au verdissement des cimetières.

A Neuchâtel, au cimetière de Beauregard, des essences d’arbres rares viennent participer du développement d’une forme de parc ou jardin à tendance botanique. A la différence de Saint-Léonard, Montserrat Canete -responsable du cimetière, relève « une stabilité du nombre de tombes », malgré une statistique 2019 de 38 inhumations pour près de 1’200 incinérations. « Il n’y a pas d’espace spécifique pour les urnes, les cendres sont jetées dans la tombe du souvenir », rappelle-t-elle. Des travaux de rénovation menés actuellement incluent toutefois un nouveau four crématoire.

En termes d’innovation et de bousculement des habitudes, le cimetière des Rois à Genève s’est distingué ces dernières années. En 2016, L’exposition Open end a investi les allées tombales avec les œuvres de 16 artistes contemporains, en particulier une tombe très sobre, création de Giani Motti, arborant l’inscription « Je vous avais dit que je n’allais pas bien » et invitant à une réflexion sur la solitude et l’individualisme. En 2019, le cimetière des rois récidivait avec « The other side ».  huit textes d’auteurs pouvaient être lus en scannant avec un smartphone des plaquettes disséminées entre les tombes. Initiative plus controversée et critiquée, le cimetière des rois a accueilli le 2 novembre 2019 un rituel mexicain de célébration des morts.

Face à l’évolution des habitudes et le brassage des cultures, l’influence étrangère est aujourd’hui croissante. Un avocat tessinois du nom d’Aldo Ferrini, dans un canton pourtant fortement ancré dans le catholicisme, s’est fait remarquer récemment par une initiative de «bois sacré». Son objectif : tenter d’aménager une forêt pour l’enterrement d’urnes funéraires biodégradables. Une approche à la conjonction de l’écologie (dépollution des cimetières), d’usages répandus en Europe du Nord et de traditions ancestrales, qui doit encore faire son chemin dans le pays.
Article du média : Le Temps

Publié le
24 février 2020
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